{"id":726,"date":"2022-02-10T18:38:32","date_gmt":"2022-02-10T17:38:32","guid":{"rendered":"http:\/\/saint-frajou.com\/?page_id=726"},"modified":"2022-03-12T21:35:55","modified_gmt":"2022-03-12T20:35:55","slug":"histoire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.saint-frajou.com\/index.php\/histoire\/","title":{"rendered":"Histoire"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retour sur le pass\u00e9 de Saint-Frajou<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Dans le dernier num\u00e9ro de la <em>Revue de Comminges et des Pyr\u00e9n\u00e9es centrales<\/em> dat\u00e9 de 2020, Saint-Frajou est \u00e0 l\u2019honneur dans un article du pal\u00e9ontologue Vivien Riout, \u00ab\u00a0Le Mastodonte des Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0: r\u00e9cit d\u2019une d\u00e9couverte\u00a0\u00bb. Voici ce qu\u2019\u00e9crit l\u2019auteur de cet article\u00a0:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La premi\u00e8re repr\u00e9sentation du Mastodonte des Pyr\u00e9n\u00e9es est due \u00e0 Lartet en 1859 dans le <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9ologique de France<\/em>, o\u00f9 il figura trois dents d\u00e9couvertes par&nbsp;: [\u2026] M. Figarol, m\u00e9decin v\u00e9t\u00e9rinaire \u00e0 Saint-Frajou. Ces divers morceaux avaient \u00e9t\u00e9 recueillis par M. Figarol dans les d\u00e9blais d\u2019une tranch\u00e9e\u2026&nbsp;\u00bb lors de la construction d\u2019une route. Cette molaire mesure 22 centim\u00e8tres de long&nbsp;; elle appartenait \u00e0 un animal colossal du groupe des \u00ab&nbsp;porteurs de trompe&nbsp;\u00bb, anc\u00eatre mais en bien plus volumineux des \u00e9l\u00e9phants d\u2019aujourd\u2019hui, animal muni de d\u00e9fenses \u00e9normes, tourn\u00e9es vers le bas et non vers le haut&nbsp;; on vient de retrouver, en 2014, deux exemplaires fossilis\u00e9s de ces d\u00e9fenses, tout pr\u00e8s de Saint-Frajou, \u00e0 Montesquieu-Guittaut. Cet animal vivait il y a peut-\u00eatre quelques 20 millions d\u2019ann\u00e9es. Manifestement il \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9sent dans nos pays de Gascogne, un autre exemple de mastodonte ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert r\u00e9cemment \u00e0 Marignac-Laspeyres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut le souligner, puisque cela fait partie des faits remarquables de l\u2019histoire de notre village&nbsp;: le d\u00e9couvreur de ces dents, leur \u00ab&nbsp;inventeur&nbsp;\u00bb comme on dit en langage scientifique, Louis Figarol, n\u00e9 \u00e0 Saint-Frajou en 1827, mort dans son village natal en 1924, est peut-\u00eatre la personne qui, en France, a eu la plus grande long\u00e9vit\u00e9 dans les fonctions de maire.&nbsp; Apr\u00e8s consultation des archives communales de Saint-Frajou, j\u2019ai pu retrouver qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 maire du village \u00e0 partir de 1855 et jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1924. 69 ans de mandat municipal, un record\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, d\u2019autre part, \u00c9douard Lartet qui fit ainsi conna\u00eetre Saint-Frajou dans le monde des savants de son temps, est le fondateur de la science de la Pr\u00e9histoire. Vers 1860 \u00e9galement, il d\u00e9couvrit l\u2019abri pr\u00e9historique d\u2019Aurignac&nbsp;; et, \u00e0 partir de cette d\u00e9couverte a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e la premi\u00e8re \u00e9poque de la Pr\u00e9histoire, l\u2019\u00ab&nbsp;Aurignacien&nbsp;\u00bb, vers 35.000 ans avant notre \u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Belle entr\u00e9e dans l\u2019histoire de notre village. La suite m\u00e9rite aussi tout notre int\u00e9r\u00eat. Saint-Frajou porte avec les communes de Saint-Aventin et de Saint-Gaudens, le nom d\u2019un des trois saints m\u00e9di\u00e9vaux du Comminges dont les l\u00e9gendes peuvent avoir quelque fondement historique. Frajou est dit martyr des sarrasins selon la l\u00e9gende&nbsp;; c\u2019est peu probable, les Musulmans \u00e9tablis en Espagne n\u2019ont travers\u00e9 les Pyr\u00e9n\u00e9es que du c\u00f4t\u00e9 du Pays basque ou en Roussillon. La l\u00e9gende de saint Frajou, <em>Fragulfus<\/em> en latin, Fragulfe dans les textes anciens, sa t\u00eate tranch\u00e9e par les Maures, le jaillissement de la fontaine aux pieds du c\u00f4teau, est conforme \u00e0 la fa\u00e7on qu\u2019on avait d\u2019\u00e9crire au Moyen \u00c2ge les vies de saints pour \u00e9difier les populations, m\u00eame si ces donn\u00e9es n\u2019avaient aucun fondement dans la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue. Cette l\u00e9gende a \u00e9t\u00e9 reprise dans un petit livre du R.P. Carles venu pr\u00eacher une mission \u00e0 Saint-Frajou en 1877 \u2013 certaines familles du village ont peut-\u00eatre encore conserv\u00e9 un exemplaire de cet opuscule \u2013 on peut le conserver comme une marque pieuse de temps anciens certainement bien difficiles \u00e0 vivre pour les populations.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cr\u00e9ation d\u2019une \u00ab&nbsp;sauvet\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Mais voici maintenant l\u2019entr\u00e9e v\u00e9ritable de notre village dans l\u2019histoire&nbsp;: elle est remarquable par sa pr\u00e9cision chronologique et par les acteurs qui en sont \u00e0 l\u2019origine. L\u2019acte de naissance de Saint-Frajou se situe en 1103. Le village, qui devait avoir d\u00e9j\u00e0 un nombre appr\u00e9ciable d\u2019habitants, appara\u00eet alors, sous son nom de Saint-Frajou et dans ses limites actuelles, comme \u00ab&nbsp;sauvet\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de J\u00e9rusalem. Ordre nouveau, il visait \u00e0 prot\u00e9ger les humbles, en particulier les paysans agress\u00e9s par les brigands, souvent de petits seigneurs pillards. Les Hospitaliers ont ainsi pass\u00e9 de nombreux contrats avec des villageois, constituant leurs terroirs en \u00ab&nbsp;sauvet\u00e9s&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en espaces marqu\u00e9s par des bornes en forme de croix, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur desquels il \u00e9tait interdit aux gens de l\u2019ext\u00e9rieur de venir faire acte violent. C\u2019est \u00e0 partir de telles d\u00e9cisions que les campagnes se sont peu \u00e0 peu s\u00e9curis\u00e9es, et qu\u2019a pu se d\u00e9velopper un habitat en fermes dispers\u00e9es, comme on le voit \u00e0 Saint-Frajou et dans les campagnes fran\u00e7aises. Saint-Frajou fut l\u2019une des sauvet\u00e9s cr\u00e9\u00e9es par les moines-soldats de l\u2019H\u00f4pital, au total une quarantaine en Comminges, et beaucoup d\u2019autres ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Saint-Frajou, \u00ab&nbsp;chef&nbsp;\u00bb d\u2019archipr\u00eatr\u00e9 de Comminges<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>On ne sait pas grand-chose de ce village et de la vie de ses habitants dans ces p\u00e9riodes anciennes et dans les si\u00e8cles qui ont suivi. Il dut sans doute prosp\u00e9rer comme en t\u00e9moigne la belle \u00e9glise, en style gothique m\u00e9ridional \u00e0 nef unique et chapelles lat\u00e9rales, construite au d\u00e9but du XIV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, en belle pierre venant des Pyr\u00e9n\u00e9es. Le village avait alors le titre d\u2019archipr\u00eatr\u00e9. Il \u00e9tait l\u2019un des vingt-deux que comptait le dioc\u00e8se de Comminges. Cet archipr\u00eatr\u00e9 s\u2019\u00e9tendait approximativement sur l\u2019\u00e9tendue du canton de L\u2019Isle-en-Dodon. Il comprenait, avec Saint-Frajou les paroisses suivantes&nbsp;: Fabas, Saint-P\u00e9-d\u2019Ar\u00e8s, L\u2019Isle-en-Dodon, Salherm, Lilhac, Anan, Guitaud, Montesquieu, Puymaurin, Escanecrabe, Saint-Laurent (-des Religieuses), et Montbernard. Saint-Frajou avait pour seigneur l\u2019\u00e9v\u00eaque de Comminges, l\u2019un des pr\u00e9lats les mieux dot\u00e9s de France en termes de revenus, provenant pour lui principalement de la d\u00eeme, l\u2019imp\u00f4t eccl\u00e9siastique, lourd dans le Midi, qui lui rapportait beaucoup parce qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s bien administr\u00e9. Voici, en effet, comment on proc\u00e9dait&nbsp;autrefois \u00e0 la lev\u00e9e de la d\u00eeme. A Saint-Frajou et g\u00e9n\u00e9ralement en Comminges, lors des moissons, les paysans devaient mettre \u00e0 part sur le champ, apr\u00e8s fauchage des bl\u00e9s, une gerbe sur dix regroup\u00e9es en un tas particulier, et ils ne pouvaient engranger leur propre r\u00e9colte qu\u2019apr\u00e8s le passage du d\u00e9cimateur, un agent de l\u2019\u00e9v\u00eaque charg\u00e9 de retirer des champs la part de la d\u00eeme. La triche \u00e9tait bien difficile sinon m\u00eame impossible. L\u2019\u00e9v\u00eaque avait une r\u00e9sidence \u00e0 Saint-Frajou, c\u00f4t\u00e9 sud de la place actuelle, dont les derni\u00e8res ruines ont disparu vers 1945. Il n\u2019y r\u00e9sida que rarement, pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 partir du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle habiter en son beau ch\u00e2teau d\u2019Alan. Une l\u00e9gende a pr\u00e9tendu qu\u2019il y avait eu \u00e0 Saint-Frajou une abbaye, mais elle reposait sur un document qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un faux en \u00e9critures. Il n\u2019en existe aucune trace, ni sur le sol du village ni dans les archives du pays&nbsp;; il faut oublier cette l\u00e9gende, une \u00ab&nbsp;<em>fake news&nbsp;<\/em>\u00bb comme on dirait aujourd\u2019hui, marque des querelles qui pouvaient opposer autrefois les ma\u00eetres de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1786, trois ans avant la R\u00e9volution fran\u00e7aise, le nouvel \u00e9v\u00eaque de Comminges, M<sup>gr <\/sup>Eustache-Antoine d\u2019Osmond voulut sans doute mieux conna\u00eetre l\u2019\u00e9tat de son dioc\u00e8se en lan\u00e7ant une enqu\u00eate g\u00e9n\u00e9rale sur son territoire. Il envoya donc aux cur\u00e9s un questionnaire pr\u00e9cis concernant la situation des paroisses qu\u2019ils avaient \u00e0 g\u00e9rer : le niveau des populations, les revenus de l\u2019\u00c9glise sur le territoire paroissial \u2013 produits de la d\u00eeme et autres services cultuels \u2013, les pratiques du culte \u2013 les f\u00eates, statistiques des sacrements, communion pascale, bapt\u00eames, mariages, s\u00e9pultures \u2013 l\u2019\u00e9tat du presbyt\u00e8re, la question des ressources et de la richesse des habitants, les secours aux pauvres. Questionnaire particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, il donna lieu, \u00e0 un recueil tr\u00e8s volumineux de 2027 pages concernant l\u2019ensemble du Comminges, reli\u00e9 sous une riche couverture en cuir, conserv\u00e9 dans les archives du ch\u00e2teau de Valmirande sous le titre suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c9tat des paroisses du dioc\u00e8se de Comminges en 1786<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici quelques-unes des informations qu\u2019on peut tirer de ce questionnaire concernant Saint-Frajou.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1780, le village comptait environ 160 \u00ab&nbsp;feux&nbsp;\u00bb, dit le cur\u00e9 Roucaud, c\u2019est-\u00e0-dire 160 familles. Il y avait en fait 736 habitants selon ce qui est inscrit dans le cahier de dol\u00e9ances de Saint-Frajou r\u00e9dig\u00e9, nous allons y revenir, en 1789. &nbsp;Il y avait 4 \u00e0 5 mariages par an, 25 naissances en moyenne et 17 d\u00e9c\u00e8s par an dans les dix ans qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la R\u00e9volution. Le cur\u00e9 relevait aussi tous les ans le nombre de communiants, entre 428 et 435 selon les ann\u00e9es, ce qui correspond assez bien au niveau de population recens\u00e9 : on peut se fier \u00e0 cette information car la premi\u00e8re communion des enfants s\u2019\u00e9tant fix\u00e9e au XVII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle \u00e0 12 ans, les relev\u00e9s du cur\u00e9 correspondent assez bien au nombre des habitants, les r\u00e9fractaires \u00e0 la communion pascale \u2013 des fortes t\u00eates \u2013 \u00e9tant rares.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L\u2019archipr\u00eatre de Saint-Frajou, J.-L. Roucaud, \u00e9tait aid\u00e9 dans sa t\u00e2che par un vicaire. Il nous donne aussi quelques informations pr\u00e9cieuses sur le village \u00e0 cette \u00e9poque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les habitations y sont si dispers\u00e9es qu\u2019il faut 1\/2 heure et pour plusieurs 3\/4 d\u2019heures pour y arriver \u00e0 cheval. Les chemins sont peu praticables, tr\u00e8s boueux en hiver, parsem\u00e9s de c\u00f4tes rudes. A l\u2019exception d\u2019une soixantaine de maisons qui forment la ville et&nbsp;les faubourgs, le reste de la paroisse est \u00e9parpill\u00e9.&nbsp;\u00bb Il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026le labour pour toute culture&nbsp;; ni industrie, ni commerce. La majeure partie des habitants poss\u00e8de des fonds&nbsp;; mais le plus grand nombre en petite &nbsp;&nbsp;quantit\u00e9\u2026.Tous sont pauvres, et le plus grand nombre fort pauvres, except\u00e9 5 ou 6 maisons qui ont du pain.&nbsp;\u2026 Un bureau de charit\u00e9 pour le bouillon des malades fonctionne, commun aux paroisses d\u2019Anan, Lilhac, Saint-Andr\u00e9 et Manan.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le presbyt\u00e8re est neuf, de situation agr\u00e9able dans l\u2019enclos de la ville, pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise&nbsp;\u00bb, sans doute l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait avant la construction de la salle des f\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut ajouter \u00e0 cette pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9tat de la paroisse une autre information tir\u00e9e d\u2019une enqu\u00eate de l\u2019administration monarchique r\u00e9alis\u00e9e dans les ann\u00e9es 1750&nbsp;; qui nous dit ceci \u00e0 propos de Saint-Frajou&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le terroir est travers\u00e9 par le ruisseau de Lauron \u2013 l\u2019Aussoue \u00e9videmment \u2013 qui l\u2019inonde souvent est des plus st\u00e9riles et des plus ingrats. Les habitants auraient \u00e9t\u00e9 contraints de quitter le pays sans les dons annuels que le c\u00e9l\u00e8bre et charitable M. d\u2019\u00c9tigny a faits \u00e0 la communaut\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce propos est \u00e0 commenter. Il r\u00e9v\u00e8le certainement les difficult\u00e9s de la vie dans les campagnes commingeoises au milieu du XVIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, mais il est surtout \u00e9crit \u00e0 la louange d\u2019un grand intendant de Gascogne r\u00e9sident \u00e0 Auch, M\u00e9gret d\u2019\u00c9tigny. Soucieux de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, favorisant l\u2019agriculture, il avait, par exemple, fait acheter des bl\u00e9s et du riz en Italie, en Pi\u00e9mont, lors de la crise qui avait touch\u00e9 les campagnes en 1751, et r\u00e9duit fortement la quantit\u00e9 des bl\u00e9s r\u00e9colt\u00e9s. Il avait ensuite fait r\u00e9partir ces denr\u00e9es dans les villages o\u00f9 les r\u00e9coltes avaient \u00e9t\u00e9 m\u00e9diocres cette ann\u00e9e-l\u00e0. Saint-Frajou avait d\u00fb en b\u00e9n\u00e9ficier.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Saint-Frajou et la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019en 1788, le roi de France, Louis XVI, fut inform\u00e9 du d\u00e9ficit colossal des finances publiques \u2013 le pr\u00e9l\u00e8vement des imp\u00f4ts ordinaires ne couvrirait que la moiti\u00e9 des d\u00e9penses pour 1789 \u2013 et ses ministres sachant qu\u2019il ne trouverait pas suffisamment d\u2019argent \u00e0 emprunter \u00e0 des taux convenables pour financer cet \u00e9norme d\u00e9ficit, ils lui conseill\u00e8rent de faire appel \u00e0 la Nation pour la consulter sur les moyens de r\u00e9sorber la dette. Afin de promouvoir les actions n\u00e9cessaires pour r\u00e9tablir la situation financi\u00e8re et mettre en \u0153uvre les r\u00e9formes de l\u2019\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9 qui paraissaient absolument indispensables, l\u2019id\u00e9e \u00e9tait r\u00e9apparue de convoquer \u00e0 nouveau des \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux du royaume, jamais r\u00e9unis depuis 1614. C\u2019est ainsi que d\u00e9buta la R\u00e9volution fran\u00e7aise au terme d\u2019\u00e9lection de d\u00e9put\u00e9s des trois ordres de la soci\u00e9t\u00e9 qui allaient former ces \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux&nbsp;: les clercs et les nobles, ordres privil\u00e9gi\u00e9s, \u00e9lurent leurs d\u00e9put\u00e9s dans leurs assembl\u00e9es particuli\u00e8res. Le tiers \u00e9tat, le peuple des villes et des campagnes qui repr\u00e9sentaient au moins 98% de la population fran\u00e7aise, obtint une repr\u00e9sentation double de celle des privil\u00e9gi\u00e9s, ce qui allait lui assurer tr\u00e8s vite la majorit\u00e9 dans l\u2019assembl\u00e9e des \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux r\u00e9unie le 5 mai 1789, beaucoup d\u2019aristocrates ayant \u00e9migr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme ceci avait \u00e9t\u00e9 la pratique dans les anciennes convocations des \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux, chacune des parties constitutives du corps \u00e9lectoral de chaque ordre avait comme objectif de d\u00e9signer les d\u00e9put\u00e9s qui allaient se d\u00e9placer \u00e0 Versailles. Pour le petit peuple des campagnes, il y eut d\u2019abord des assembl\u00e9es de communaut\u00e9s d\u2019habitants pour d\u00e9signer leurs repr\u00e9sentants \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e de la circonscription, celle-ci charg\u00e9e de d\u00e9signer les d\u00e9put\u00e9s qui devaient si\u00e9ger \u00e0 Versailles.&nbsp; Saint-Frajou \u00e9tait dans la circonscription administrative de Rivi\u00e8re-Verdun, un ensemble de communaut\u00e9s tr\u00e8s dispers\u00e9es et le plus souvent non jointives, depuis Verdun-sur-Garonne, au Nord de Toulouse, jusqu\u2019\u00e0 la vall\u00e9e de Larboust dans les Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9lisant leurs repr\u00e9sentants pour l\u2019assembl\u00e9e de circonscription, les habitants des villages \u00e9taient aussi invit\u00e9s \u00e0 r\u00e9diger le cahier de leurs dol\u00e9ances. Beaucoup de ces cahiers ont \u00e9t\u00e9 perdus&nbsp;; celui de Saint-Frajou a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9. Le texte en a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 avec les 66 autres cahiers de la Jugerie de Rivi\u00e8re-Verdun. Dans la pr\u00e9face qu\u2019il avait \u00e9crite pour cette publication faite en 1968, le professeur Jacques Godechot, ancien doyen de la Facult\u00e9 des Lettres de Toulouse, avait remarqu\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat du cahier de Saint-Frajou. Voici ce qu\u2019il a \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le cahier de Saint-Frajou a visiblement \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par une personne \u00ab&nbsp;\u00e9clair\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;: il reproduit des revendications les plus courantes des chefs du Tiers \u00c9tat en 1789&nbsp;: remplacement de tous les imp\u00f4ts existants par un imp\u00f4t territorial unique, abolition des droits f\u00e9odaux, r\u00e9organisation de la justice, assembl\u00e9e nationale se r\u00e9unissant p\u00e9riodiquement\u2026&nbsp;\u00bb Le doyen Godechot soulignait ainsi l\u2019esprit \u00ab&nbsp;avanc\u00e9&nbsp;\u00bb des r\u00e9dacteurs de ce cahier. Qui donc \u00e9taient-ils&nbsp;? Voici des extraits de ce document&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Proc\u00e8s-verbal &#8211; <em>Assembl\u00e9e<\/em>\u00a0: 12 avril (1789) dans la maison de ville.<br><em>Pr\u00e9sident\u00a0<\/em>: M<sup>e <\/sup>J. Vincent Courthiade, avocat en parlement, juge ordinaire.<br><em>Pr\u00e9sents<\/em>\u00a0: P. Daran (avocat en Parlement), P. Debertrand-Pibrac, Pa. Cugno, Jos. Loubau, Fr. Espagne, P. Dufaur, J.P. Figarol, J. Vignes, Jos. Cazaux, Fr. Martin, Fr. P\u00e9riss\u00e9, Guil. Navarre, P.Paul Navarre, J. Fr. Grant, Innocent Saint-Raymond, Bapt. Charlas, Bert. Cugno, J. Loubau, J. Danflou, Ant. Sav\u00e8s, Math. Carr\u00e8re, J.P. S\u00e9narens, Mic. Passerieu, Innocent Bordes, Michel S\u00e9narens, P. Souriac.\u00a0<br>(<em>on peut reconna\u00eetre l\u00e0 des noms de familles bien connues du village, un petit nombre cependant<\/em>)\u00a0<br><em>D\u00e9put\u00e9s<\/em>\u00a0: P. Daran, P. Debertrand-Pibrac (bourgeois).<\/p>\n\n\n\n<p>Le doyen Godechot avait bien per\u00e7u la modernit\u00e9 d\u2019esprit de ce cahier. Or, il y a parmi les pr\u00e9sents, deux personnes tout-\u00e0-fait capables de cette r\u00e9daction, Daran et Debertrand-Pibrac qui sont all\u00e9s \u00e0 Verdun-sur-Garonne pour porter ce cahier, \u2013 deux familles, c\u00e9l\u00e8bres en leur temps, dont nous allons reparler.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019abolition des lettres de cachet par lesquelles le roi pouvait ordonner l\u2019internement de quelqu\u2019un, la r\u00e9forme totale de la fiscalit\u00e9 directe et indirecte, la r\u00e9union p\u00e9riodique d\u2019assembl\u00e9es de repr\u00e9sentants du peuple, voil\u00e0 des revendications qu\u2019on trouve dans le cahier de Saint-Frajou et qui sont communes \u00e0 toute la France. Il y a cependant dans le cahier de notre village, une revendication qu\u2019on ne trouve pas dans les autres cahiers de Rivi\u00e8re-Verdun, elle se trouve \u00e0 l\u2019article 3, donc tr\u00e8s haut dans les souhaits. En voici le texte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab De demander que dans chaque dioceze il y ait pour tous les dioc\u00e9zains indistinctement un Coll\u00e8ge et un S\u00e9minaire sous la direction des sup\u00e9rieurs eccl\u00e9siastiques, avec des instituteurs qui, r\u00e9unissent a m\u00eame temps les lumi\u00e8res, les m\u0153urs, les vertus suffisantes pour assurer de bons citoyens \u00e0 tous les diff\u00e9rents \u00e9tats\u00a0; de faire \u00e0 ces instituteurs, un sort honn\u00eate \u00e0 vie, et de prendre le fonds n\u00e9cessaire dans les maisons religieuses rent\u00e9es qui ne voudraient pas s\u2019occuper d\u2019un objet aussi int\u00e9ressant. Comme aussi de supprimer les \u00e9coles et \u00e9tablissements royaux entretenus aux frais de l\u2019\u00e9tat, ou d\u2019y admettre des \u00e9l\u00e8ves du Tiers Etat de l\u2019un ou l\u2019autre sexe, au moins en nombre \u00e9gal \u00e0 celui de la Noblesse.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le ton de ce cahier est \u00e0 cet endroit particuli\u00e8rement novateur sinon m\u00eame tr\u00e8s r\u00e9volutionnaire. Des personnages comme Courthiade, Daran ou Debertrand-Pibrac avaient d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation donn\u00e9e dans les coll\u00e8ges qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9s surtout depuis le milieu du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ils font ici r\u00e9f\u00e9rence au mouvement des Lumi\u00e8res, puissant mouvement d\u2019id\u00e9es tout au long du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et qui revendique l\u2019\u00e9galit\u00e9 des conditions&nbsp;: \u00ab&nbsp;Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9&nbsp;\u00bb, voici en germe la devise r\u00e9publicaine. Il est remarquable de noter cette aspiration \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 jusque dans les profondeurs du peuple fran\u00e7ais. Mais ce qui est encore plus remarquable dans cet article, c\u2019est la fa\u00e7on qu\u2019ont eue nos anc\u00eatres saint-fragulphiens pour exprimer leur revendication \u00e0 propos de l\u2019\u00e9ducation&nbsp;: une \u00e9ducation pour tous, gar\u00e7ons et filles, signe de l\u2019\u00e9volution profonde des mentalit\u00e9s \u00e0 la fin de ce que nous appelons l\u2019Ancien R\u00e9gime. Il faut en effet remarquer qu\u2019ils n\u2019excluaient pas les filles des b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019\u00e9ducation&nbsp;: leur revendication porte admission \u00ab des \u00e9l\u00e8ves du Tiers Etat&nbsp;del\u2019un ou l\u2019autre sexe&nbsp;\u00bb. Cela \u00e9tait tr\u00e8s nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cahier de dol\u00e9ances de Saint-Frajou appara\u00eet donc \u00e9crit sous le signe d\u2019une grande esp\u00e9rance. Mais la vie des soci\u00e9t\u00e9s \u00ab&nbsp;n\u2019est pas un long fleuve tranquille&nbsp;\u00bb. Les querelles \u2013 violentes \u2013 sont survenues assez rapidement&nbsp;: la question religieuse surtout a divis\u00e9 profond\u00e9ment les Fran\u00e7ais. L\u2019Assembl\u00e9e nationale issue des \u00e9lections aux \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux du royaume, a eu l\u2019ambition de r\u00e9former en profondeur la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : l\u2019enthousiasme fut bref, deux ans seulement, il se brisa rapidement \u00e0 propos justement de la r\u00e9organisation des institutions eccl\u00e9siastiques. Les r\u00e9volutionnaires, \u00e9pris d\u2019\u00e9galit\u00e9, ont voulu changer l\u2019organisation territoriale du royaume en cr\u00e9ant des circonscriptions uniformes sur l\u2019ensemble du territoire national&nbsp;: c\u2019est l\u2019origine des d\u00e9partements qui allaient remplacer les anciennes provinces. Ceci a pos\u00e9 tout de suite une question difficile \u00e0 propos des institutions eccl\u00e9siastiques&nbsp;: chaque d\u00e9partement devenant aussi si\u00e8ge d\u2019\u00e9v\u00each\u00e9, celui du Comminges, par exemple, allait dispara\u00eetre, l\u2019archev\u00eaque de Toulouse, pour ce qui nous concerne, devenant l\u2019\u00e9v\u00eaque du d\u00e9partement de la Haute-Garonne. Il fallait l\u2019accord du pape pour ent\u00e9riner de tels changements&nbsp;: Pie VI, le pape de cette \u00e9poque, pour le moins tr\u00e8s conservateur, manquant d\u2019intelligence politique et condamnant le mouvement r\u00e9volutionnaire, n\u2019accepta pas de valider les modifications. Il y eut rupture entre la France et la papaut\u00e9, mais la querelle ainsi n\u00e9e de l\u2019opposition de la papaut\u00e9, divisa profond\u00e9ment les Fran\u00e7ais.&nbsp; La majorit\u00e9 des cur\u00e9s, les premiers concern\u00e9s, accepta le changement&nbsp;: 60% des cur\u00e9s \u00ab&nbsp;jur\u00e8rent&nbsp;\u00bb d\u2019observer la nouvelle organisation de l\u2019\u00c9glise de France. Le cur\u00e9 Roucaud, lui, refusa le serment, on ne sait pas ce qu\u2019il est devenu au cours de la R\u00e9volution, mais il redevint cur\u00e9 du village avec le Concordat sign\u00e9 en 1801 par Bonaparte et le pape Pie VII, meilleur politique que son pr\u00e9d\u00e9cesseur&nbsp;: ce Concordat a r\u00e9gl\u00e9 la question religieuse en France.<\/p>\n\n\n\n<p>La querelle religieuse allait profond\u00e9ment diviser la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Les archives de la commune de Saint-Frajou, tr\u00e8s bien tenues pendant la R\u00e9volution, marquent beaucoup d\u2019enthousiasme vis-\u00e0-vis des \u00e9volutions des d\u00e9buts. Mais la politique de d\u00e9christianisation men\u00e9e par la Convention nationale \u00e0 la chute de la monarchie \u2013 10 ao\u00fbt 1792 \u2013 et la mort du roi Louis XVI, guillotin\u00e9 le 21 janvier 1793, suscit\u00e8rent imm\u00e9diatement beaucoup d\u2019oppositions. Saint-Frajou, comme les villes et villages qui portaient auparavant des noms de saints, fut d\u00e9baptis\u00e9 et prit le nom de Belle-Serre. Le calendrier r\u00e9volutionnaire rempla\u00e7a le calendrier gr\u00e9gorien pendant&nbsp; une dizaine d\u2019ann\u00e9es&nbsp;: les registres d\u2019\u00e9tat-civil bien conserv\u00e9s pour cette p\u00e9riode en attestent, avant qu\u2019on ne reprenne vers 1804 l\u2019ancien calendrier.<\/p>\n\n\n\n<p>Y eut-il des troubles \u00e0 Saint-Frajou&nbsp;? Sans doute pas \u00e0 ce moment-l\u00e0. Le village se conforma aux volont\u00e9s politiques du moment. Cependant, d\u00e8s la chute de Robespierre et la fin de la p\u00e9riode qu\u2019on appelle la Terreur, 1793-1794, le village reprit son nom de Saint-Frajou.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Mais je voudrais maintenant citer une anecdote qui concerne les d\u00e9buts de la R\u00e9volution. Mon grand-p\u00e8re, Michel Bal\u00e8s, n\u00e9 en 1874, avait connu une personne tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e, encore en vie quand il \u00e9tait jeune, qu\u2019il appelait \u00ab&nbsp;le Bon d\u2019En Blazi&nbsp;\u00bb &#8211; cet homme a bien exist\u00e9, je l\u2019ai retrouv\u00e9 dans les archives de l\u2019\u00e9tat-civil de Saint-Frajou, n\u00e9 avant la R\u00e9volution et mort vers 1880&nbsp;; il lui avait parl\u00e9 de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019annado de la paou<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019ann\u00e9e de la peur, qui toucha en effet toute la France \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1789, une rumeur pr\u00e9tendant que des brigands allaient ravager le pays, mouvement bien connu des historiens de la R\u00e9volution. Le Bon d\u2019En Blazy lui avait racont\u00e9 que toute sa famille s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e dans les bois de <em>la Hitte<\/em>, derri\u00e8re leur maison, pendant trois semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Les archives de Saint-Frajou ne livrent pas d\u2019informations int\u00e9ressantes, sauf mention des troubles qui eurent lieu sous le Directoire, vers 1798-99. Bonaparte r\u00e9tablit l\u2019ordre en France apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat du 18 brumaire an VIII (calendrier r\u00e9volutionnaire, 9 novembre 1799). La vie reprit alors dans notre village comme auparavant, mais dans les cadres administratifs nouveaux \u2013 d\u00e9partements, conseils municipaux\u2026 \u2013 install\u00e9s d\u00e8s 1790. La guerre reprit aussi, que Napol\u00e9on ch\u00e9rissait tant. Un enfant de Saint-Frajou participa aux guerres de l\u2019Empire, Joseph Loubeau. Madame Inchausp\u00e9, de L\u2019Isle-en-Dodon, a eu la gentillesse en 1996 de livrer au <em>Bulletin de Saint-Frajou<\/em> des informations sur ce personnage gr\u00e2ce aux lettres qu\u2019il avait envoy\u00e9es \u00e0 son p\u00e8re, quand il \u00e9tait soldat, lettres accompagn\u00e9es d\u2019extraits d\u2019un r\u00e9cit, \u00ab&nbsp;livre de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, r\u00e9dig\u00e9 par son p\u00e8re lui-m\u00eame. Ce soldat de l\u2019Empire s\u2019est donc trouv\u00e9 avec les troupes fran\u00e7aises d\u2019occupation en Allemagne en 1808. Puis on l\u2019a envoy\u00e9 en Espagne en 1809, il y a \u00e9t\u00e9 fait prisonnier par les Anglais, il reste en Angleterre jusqu\u2019en 1814 au moins, et son p\u00e8re note qu\u2019il est revenu au village le 1<sup>er <\/sup>juillet 1814&nbsp;\u00ab&nbsp;assez bien portant&nbsp;\u00bb. Le p\u00e8re note aussi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le 23 mars est arriv\u00e9 \u00e0 Saint-Frajou 28 anglais \u00e0 cheval. Y ont pass\u00e9 la nuit. Sont partis le lendemain. Ledit jour 24 est arriv\u00e9 environ 500 anglais \u00e0 cheval. On a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de donner du pain, vin, foin, avoine. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 compris pour loger 9 hommes en plus des 23 chevaux \u00e0 nourrir. J\u2019ai fourni plus de 10 quintaux de foin (environ 50 kg par quintal), un sac d\u2019avoine (sans doute 80 litres, soit 4 mesures), et 24 livres de pain que nous avons port\u00e9 \u00e0 la maison commune. Le 25<sup>e <\/sup>sont partis pour Toulouse \u00bb. Il s\u2019agissait de troupes anglaises command\u00e9es par Wellington, le meilleur des g\u00e9n\u00e9raux britanniques&nbsp;; elles revenaient d\u2019Espagne qu\u2019elles avaient lib\u00e9r\u00e9e des Fran\u00e7ais, et allaient participer dans les jours suivant \u00e0 la bataille de Toulouse, op\u00e9ration bien modeste, Toulouse ne r\u00e9sistant pas. Le mar\u00e9chal duc de Wellington est le futur vainqueur de Napol\u00e9on \u00e0 la bataille de Waterloo (18 juin1815), qui mit fin \u00e0 l\u2019aventure napol\u00e9onienne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Personnages notables&nbsp;: Daran, Pibrac, Figarol<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Saint-Frajou peut s\u2019enorgueillir de quelques personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres. La plus remarquable d\u2019entre elles est celle de <strong>Jacques Daran<\/strong> qui se fit une belle r\u00e9putation en soignant les maladies urinaires. Il est n\u00e9 Saint-Frajou en 1701, mort \u00e0 Paris en 1784. Il est r\u00e9pertori\u00e9 sur <em>Internet<\/em> o\u00f9 on peut trouver une photographie de la couverture de l\u2019un de ses ouvrages, le principal sans doute&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u00ab\u00a0<em>Trait\u00e9 complet de la Gonorrh\u00e9e virulente des Hommes et des Femmes\u2026suivi d\u2019un M\u00e9moire sur la Construction \u00a0\u00a0\u00a0et les avantages d\u2019un nouvel Instrument pour tirer l\u2019Urine de la Vessie\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0<br>par M. Daran, Ecuyer, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier.<br>A Paris, chez Delaguette, Imprimeur du coll\u00e8ge et de l\u2019Acad. Roy. De Chir. rue S. Jacques, \u00e0 l\u2019Olivier. \u00a0\u00a0M.D.CC.LVI.<br>Avec approbation et privil\u00e8ge du Roi<\/p>\n\n\n\n<p>Courait \u00e0 Paris \u00e0 cette \u00e9poque le mot d\u2019esprit suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Monsieur Daran veut nous faire prendre les vessies pour des lanternes&nbsp;\u00bb. Chirurgien des voies urinaires, il avait propos\u00e9 l\u2019emploi de \u00ab&nbsp;bougies&nbsp;\u00bb contre les r\u00e9tr\u00e9cissements de l\u2019ur\u00e8tre. La gonorrh\u00e9e, appel\u00e9e aussi blennorragie, est une infection des voies urinaires qui touche particuli\u00e8rement les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Daran \u00e9tait certainement un intr\u00e9pide quelque peu aventurier. Il avait \u00e9t\u00e9 au service de l\u2019empereur d\u2019Autriche, puis du roi de Sardaigne qui aurait voulu le conserver aupr\u00e8s de lui. Il semble avoir fait merveille lors d\u2019une peste \u00e0 Messine &#8211; en Sicile- o\u00f9 il \u00e9tait alors&nbsp;: il fit sortir de la ville les Fran\u00e7ais qui s\u2019y trouvaient et les ramena \u00e0 Marseille&nbsp;; on dit qu\u2019un seul d\u2019entre eux mourut. (\u00ab&nbsp;D\u00e9confin\u00e9s&nbsp;\u00bb par Daran pour n\u2019avoir pas \u00e0 \u00eatre confin\u00e9s, la r\u00e8gle face \u00e0 la peste).<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut anobli par le roi Louis XV vers 1750, son titre d\u2019\u00e9cuyer, premier niveau de l\u2019ordre de la noblesse en atteste&nbsp;; et il fut bien au service du roi, appartenant \u00e0 l\u2019une des quatre \u00e9quipes qui, \u00e0 tour de r\u00f4le, approchaient le roi selon les besoins que celui-ci formulait.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Gilles de Bertrand-Pibrac (1693-1771)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>A peine un peu plus \u00e2g\u00e9 que Daran, chirurgien comme lui, nos deux compatriotes eurent certainement l\u2019occasion de se retrouver \u00e0 Versailles. Apparemment bien appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 la cour du roi de France, il fut parmi les premiers membres de \u00ab&nbsp;l\u2019Acad\u00e9mie royale de chirurgie&nbsp;\u00bb fond\u00e9e en 1731. Il en fut le directeur \u00e0 deux reprises, entre 1762 et 1764, puis de 1768 \u00e0 1771, ann\u00e9e de sa mort. Anobli comme Daran vers 1750, il fr\u00e9quenta la cour et s\u2019enrichit certainement si l\u2019on prend en compte l\u2019inventaire de ses \u00ab&nbsp;meubles&nbsp;\u00bb \u00e0 sa mort&nbsp;: 62 vestes, 34 habits, 35 culottes, 255 pi\u00e8ces d\u2019argenterie, 1400 bouteilles de Tokay, Malaga, \u2026Champagne, et 47 tabati\u00e8res. On peut penser que ce personnage menait grand train dans la haute soci\u00e9t\u00e9 du temps\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Louis Figarol (1827-1924)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 la place \u00e9minente de Louis Figarol dans l\u2019histoire de notre village de Saint-Frajou. Joseph Laporte qui fut Secr\u00e9taire principal, dans les ann\u00e9es 50-60, des Facult\u00e9s de Droit et des Lettres de Toulouse, a fait un portrait tr\u00e8s sensible de Louis Figarol dans le <em>bulletin <\/em>de Saint-Frajou du 1<sup>er<\/sup> semestre 1992. Joseph Laporte \u00e9tait le fils de l\u2019instituteur de Saint-Frajou, M<sup>r <\/sup>Laporte dont je n\u2019ai pas trouv\u00e9 le pr\u00e9nom, qui avait succ\u00e9d\u00e9 en 1886 \u00e0 Edouard Suaty, qui fut l\u2019instituteur v\u00e9n\u00e9r\u00e9 de mon grand-p\u00e8re Bal\u00e8s. Joseph Laporte a pass\u00e9 son enfance \u00e0 Saint-Frajou, son p\u00e8re \u00e9tant encore instituteur du village pendant la guerre de quatorze. Il raconte comment ce personnage, Louis Figarol, le prenait sur sa monture quand il faisait ses tourn\u00e9es, l\u2019initiant en quelque sorte \u00e0 la vie de la commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis Figarol \u00e9tait entr\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole Nationale V\u00e9t\u00e9rinaire de Toulouse \u00e0 17 ans. Il en sortit major quatre ans plus tard, en 1848. Fils d\u2019un m\u00e9decin v\u00e9t\u00e9rinaire officiant \u00e0 Saint-Frajou, il prit la suite de la client\u00e8le de son p\u00e8re, \u00ab&nbsp;presque toujours pay\u00e9 en nature, correspondant \u00e0 une certaine quantit\u00e9 de bl\u00e9, remise annuellement\u2026&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Praticien averti, s\u2019\u00e9tant toujours tenu au courant des enrichissements de la science v\u00e9t\u00e9rinaire, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, Louis Figarol agrandit tr\u00e8s vite l\u2019aire des visites paternelles qu\u2019il continua \u00e0 faire, comme son p\u00e8re, \u00e0 cheval&nbsp;\u2026 Il (les)a continu\u00e9es de la sorte jusqu\u2019en 1919\u2026il avait alors 92 ans.&nbsp;\u00bb Le jeudi, il prenait en croupe notre informateur, Joseph Laporte, celui-ci tr\u00e8s \u00e9mu au r\u00e9cit de ses promenades.<\/p>\n\n\n\n<p>Mari\u00e9 \u00e0 45 ans, en 1872, avec Marie Uzac qui en avait 31, n\u00e9e \u00e0 Saint-Frajou, ils n\u2019eurent qu\u2019un enfant qui ne surv\u00e9cut que quatre mois \u2013 la vie \u00e9tait terriblement menac\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque\u2026&nbsp;! \u00ab&nbsp;Au temps o\u00f9 nous montions au C\u00f4teau \u2013 \u00e0 Figarol &#8211; \u2026 Mme Figarol\u2026avait largement d\u00e9pass\u00e9 la soixantaine, mais rien n\u2019avait, cependant, alt\u00e9r\u00e9 son go\u00fbt des bonnes mani\u00e8res\u2026&nbsp;\u00bb. Elle mourut \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 75 ans, bien avant lui.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Extrait des archives communales \u2013 4 mars 1855<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ce jourd\u2019hui quatre mars mil huit cent cinquante-cinq, \u00e0 quatre heures de l\u2019apr\u00e8s-midi. Le conseil municipal de la commune de Saint-Frajou s\u2019est r\u00e9uni au lieu ordinaire de ses s\u00e9ances \u00e0 l\u2019unique effet de l\u2019installation \u00e0 la mairie de M<sup>r <\/sup>Figarol Marie, Louis, Th\u00e9odore, m\u00e9decin v\u00e9t\u00e9rinaire et propri\u00e9taire dans cette commune, nomm\u00e9 maire par arr\u00eat\u00e9 du 29 f\u00e9vrier dernier de M<sup>r <\/sup>le pr\u00e9fet de la Haute-Garonne.<br>Pr\u00e9sents membres du conseil, M.M. Charlas, Vidal, Cugno, Saut, Lass\u00e8re et Figarol membres dud. Conseil ainsi que M<sup>r <\/sup>Dufaur maire d\u00e9missionnaire et Loubeau adjoint. En cons\u00e9quence, nous Jean-Paul Loubeau, pr\u00e9sident la s\u00e9ance et proc\u00e9dant \u00e0 l\u2019installation dont s\u2019agit en vertu du titre qui nous a \u00e9t\u00e9 produit.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019installation formelle eut lieu le 1<sup>er <\/sup>juillet 1855, Vidal pr\u00e9sident, Dufaur secr\u00e9taire, avec prestation du serment par le nouveau maire, qui prit alors la pr\u00e9sidence et fit pr\u00eater serment \u00e0 l\u2019adjoint M<sup>r <\/sup>Loubeau. M.M<sup>rs <\/sup>Figarol, p\u00e8re et fils \u00e9taient pr\u00e9sents. L\u2019arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral de nomination fut enregistr\u00e9 dans les archives de la mairie le 17 ao\u00fbt 1855.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sous son mandat que fut construit l\u2019actuel clocher de l\u2019\u00e9glise. La d\u00e9cision en fut prise en 1869, un contrat de travaux fut pass\u00e9 avec un entrepreneur toulousain, Gomez, la r\u00e9ception d\u00e9finitive du chantier ayant eu lieu le 15 juin 1873. Le co\u00fbt total de cette op\u00e9ration arr\u00eat\u00e9 \u00e0 cette date se monte 14.159fr 15&nbsp;; ce co\u00fbt fut homologu\u00e9 et certifi\u00e9 par l\u2019adjonction aux membres du conseil municipal des onze plus forts contribuables de la commune&nbsp;: Campario Paulin, Brondes Alexandre, Durand Bertrand, Charlas Bertrand, Saint-Blancat Pierre, P\u00e9riss\u00e9 Fran\u00e7ois, Samaran Gabriel, Cugno Jean-Clair, Durand Mathieu, Fronton Jean-Marie et Souriac Dominique. On apprend aussi, dans la m\u00eame d\u00e9lib\u00e9ration, que le total de la somme emprunt\u00e9e pour sa construction sera d\u00e9finitivement rembours\u00e9 en 1879. Au prix actuel de l\u2019or \u2013 la monnaie de l\u2019\u00e9poque \u00e9tant arrim\u00e9e \u00e0 l\u2019or qui en d\u00e9finissait la valeur \u2013 le co\u00fbt total du clocher en poids d\u2019or \u00e9quivaudrait de nos jours, compte tenu de la valeur actuelle de l\u2019or, \u00e0 quelque 220.000\u20ac. Mais cette \u00e9valuation n\u2019a pas beaucoup de sens car, depuis 1971, la valeur des monnaies a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9tach\u00e9e de l\u2019or qui a, depuis, une valeur purement sp\u00e9culative, sans rapport avec le cours international desdites monnaies.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ren\u00e9 Souriac \u2013 14 avril 2021<\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retour sur le pass\u00e9 de Saint-Frajou Dans le dernier num\u00e9ro de la Revue de Comminges et des Pyr\u00e9n\u00e9es centrales dat\u00e9 de 2020, Saint-Frajou est \u00e0 l\u2019honneur dans un article du pal\u00e9ontologue Vivien Riout, \u00ab\u00a0Le Mastodonte des Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0: r\u00e9cit d\u2019une d\u00e9couverte\u00a0\u00bb. 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